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Changement de capitaine en Fed Cup: Ann Devries a été elle-même surprise 01/12/2011

Il ne s'est trouvé personne dans le monde tennistique pour mettre en cause la désignation d'Ann Devries en tant que capitaine de Fed Cup. C'est la manière subite dont la nouvelle est tombée, en même temps que celle de la démission de Sabine Appelmans, qui a surpris tout le monde. "Moi comprise", dit Ann, "je ne savais pas que Sabine arrêtait avant que la VTV me demande si le poste m'intéressait."


Sabine Appelmans et Ann Devries
   Qui est Ann Devries? Pour l'heure, outre la mère d'un petit Anthony de neuf ans... qui frappe lui aussi dans la balle, elle est la responsable du tennis féminin à la fédé flamande pour les plus de 14 ans, elle a travaillé avec Kirsten Flipkens, An-Sophie Mestach et bien sûr Yanina Wickmayer qui est toujours revenue vers elle dans son impossible quête d'un coach qui lui convienne. Dans le passé, ce fut la première joueuse belge dans le Top 100 mondial, elle était 77e à 18 ans fin 1988, elle a donc essuyé les plâtres, genre débarquer en Australie trois jours avant le tournoi alors qu'il lui fallait s'adapter à l'été austral, au jet lag et à la surface. "Ce n'est pas que la fédération ne me soutenait pas, ni que nous ne pensions pas être professionnels, mais on n'avait eu personne avant nous comme modèle ou motivation, on manquait d'expérience et peut-être d'ambition, on tâtonnait dans l'inconnu, les mentalités ont tellement changé."

Le "on" concerne le duo qu'elle formait au même âge avec Sandra Wasserman, qui fut 75e mondiale en 1989. Ce sont elles qui ouvrirent la voie à Dominique Monami et Sabine Appelmans, lesquelles servirent de repères à Henin et Clijsters. "Justine et Kim sont hors normes", insiste-t-elle, "si dans nos centres de formation nous arrivons à sortir l'une ou l'autre fille pour le Top 50 c'est que nous avons très bien travaillé." En l'occurrence, An-Sophie Mestach et Alyson Van Uytvanck. "Elles n'ont que 18 ans, il m'étonnerait qu'elles n'atteignent pas un jour le Top 100, leur premier objectif, mais on ne leur rend pas service en leur prévoyant d'ores et déjà un classement avantageux, on ne peut encore rien prévoir."
 
Elle a entraîné... Elke Clijsters
 
Justement, Ann Devries n'a pas exactement confirmé, dans sa carrière de joueuse, ce que son potentiel, plus jeune, avait laissé présager. Le plus haut fait d'armes pour celle qui commença sa carrière en Fed Cup à 16 ans contre... Steffi Graf fut un troisième tour à Wimbledon. Cela paraît banal à ceux qui sont "nés" avec nos deux météores dans les années 2000, mais à l'époque on en faisait tout un plat. Question jeu, rien à voir bien sûr avec le niveau physique d'aujourd'hui, ce qui n'empêcha pas Ann Devries de devoir mettre fin à sa carrière relativement en dents de scie dès l'âge de 24 ans, vaincue par un problème sérieux d'hernie dans le dos. "Je n'ai rien gardé de cette époque, j'ai tiré un trait, mais je n'ai pas immédiatement su quoi faire, je n'ai jamais retrouvé dans la vie normale le kick que l'on ressent par exemple quand on joue en double contre Monica Seles sur le Central de Wimbledon."

Originaire de Bree comme qui vous savez, Ann a forcément assisté aux premiers pas de Kim Clijsters dans son club. "Sans y prêter trop d'attention, j'entendais bien ce qu'on disait d'elle alors qu'elle n'avait que six ou sept ans, mais j'avais ma propre carrière. En revanche, lorsque j'ai arrêté et que le besoin de rester dans le tennis s'est imposé, j'ai travaillé avec la soeur de Kim, Elke, qui avait les moyens d'être une très bonne joueuse, mais n'affichait pas la même passion dévorante que sa soeur et fut très vite minée par les blessures. J'ai passé les diplômes d'entraîneur à la VTV, une fille comme Yanina je la connais depuis qu'elle a 13 ans, et où qu'elle ait été par la suite on est restées fort proches, elle m'appelle lorsqu'elle a besoin d'un coup de main, d'un avis, ou simplement de discuter. A 22 ans, elle a déjà beaucoup accompli, mais elle ne doit pas abandonner ses rêves, le tennis féminin a changé lui aussi, on n'accède plus au Top 100 qu'à 22 ans en moyenne, et voyez ce qu'ont réalisé Stosur ou Schiavone à 27 ou 30 ans."

Bien sûr, le ciel de la nouvelle capitaine de Fed Cup n'est pas bleu azur. A la veille d'un match déjà très difficile face à la Serbie début février au Spiroudome de Charleroi, elle n'est pas sûre, loin s'en faut même, de pouvoir compter sur Kim Clijsters qui, l'an dernier, après avoir justement joué la Fed Cup et Paris au retour d'Australie avait couru de blessure en blessure. "On s'est déjà parlé, et on va encore le faire", disait Ann fin novembre, "elle m'a demandé de ne pas trop communiquer, elle n'a pas encore pris de décision, elle adore jouer en équipe mais je comprends que ses enjeux personnels soient prioritaires pour sa dernière saison." Sans elle, ce serait difficile de rester dans le groupe mondial. "Cela va être dur, mais on ne sait jamais, il ne faut pas sous-estimer Yanina, qui a déjà montré ce dont elle est capable en Fed Cup, tandis qu'An-Sophie et Alyson ont tout l'avenir devant elle." Tammy Hendler semble refaire surface chez Bolletieri, déjà contactée elle serait de l'aventure elle aussi.

L'autre problème est que Wickmayer, Mestach et Flipkens reviennent toutes de blessure, et que pour certaines ce sera la course contre la montre pour rallier l'Australie. Yanina a forcé sur son dos douloureux depuis le tournoi de Bruxelles, en passant par Roland Garros, Wimbledon, l'Amérique. Depuis l'US Open, elle n'a plus joué, elle a pris le temps du repos et d'une bonne revalidation avec le kiné Lieven Maesschalck, avant de reprendre progressivement le tennis, pour affiner sa préparation à l'académie Miratoglou qu'elle a de nouveau rejointe et dont Martina Hingis fait désormais partie. Yanina est annoncée en stage sur l'île Maurice à la mi-décembre, avant de gagner Auckland puis l'Australie, soit un mois et demi loin du pays avant la Fed Cup... mais en été. Quant à An-Sophie Mestach, une wild card l'attend aux qualifs de l'Australian Open dont elle a gagné le tournoi juniores l'an dernier, mais elle est restée six mois sans jouer à cause de son problème au poignet et ne devait recommencer l'entraînement que début décembre. A suivre, donc.
 
Un bon choix... et quelques questions
 
Personne ne s'attendait donc au remplacement de Sabine Appelmans par Ann Devries, et la manière a pû sembler pour le moins abrupte, certaines voix, comme celles de Dominique Monami ou Els Callens, n'ont pas manqué de le faire remarquer dans la presse. Sans pour autant contester le choix sur le fond, "elles m'ont d'ailleurs appelée pour me le dire", confie Devries, "mais c'est un domaine dans lequel je n'étais pas plus avancée qu'elles. On m'a demandé si je voulais devenir capitaine, et j'ai répondu oui, je n'en sais pas plus. Je ne peux même pas dire que j'étais candidate parce que je n'imaginais pas un instant que Sabine allait s'en aller aussi soudainement." Certains blogs ont évoqué une pression de la VTV pour mettre en selle un de ses cadres, comme c'est déjà le cas avec Johan Van Herck en Coupe Davis, mais, à l'image d'Ann Devries, la plupart des sources font surtout état d'une décision purement personnelle d'Appelmans qui voulait "faire autre chose."

"Quand nous nous sommes réunis avec les responsables flamands, ils avaient déjà mené leur enquête depuis dix jours, le nom d'Ann Devries était sur la table, et nous avons convenu qu'il s'agissait d'un choix logique, nous l'avons entériné", explique de son côté le président de l'AFT André Stein. "J'ai moi aussi eu Dominique Monami au bout du fil, j'estime beaucoup la directrice des tournois de Bruxelles et de Mons, son heure viendra peut-être, elle a certainement le caractère pour un tel job. Elle regrettait de n'avoir même pas pu poser sa candidature, mais au point où en étaient les choses cela n'aurait débouché pour elle que sur un autre constat d'hypocrisie et de frustration puisque la fédération dont dépendent toutes les joueuses avait clairement son idée. Je conçois qu'il fallait aller assez vite, il y a une échéance, et Ann Devries est celle qui connaît le mieux les filles composant l'équipe, elle est acceptée par toutes."

Justement, à l'image de ce qui a pu se passer avec Réginald Willems lors de Belgique-Espagne à Charleroi, le fait qu'elle soit partie prenante dans la carrière de l'une ou l'autre ne risque-t-il pas de poser problème? "Je peux apprendre de lui", se contente de répondre Ann, avant d'ajouter: "Clijsters et Wickmayer sont incontournables, les autres sont jeunes et déjà heureuses d'en être". André Stein acquiesce, mais veut terminer par un hommage à celle qui l'a précédée: "Sabine était calme sur le banc, parfois un peu trop (sourire), mais je veux la remercier d'avoir accepté une tâche qui n'était pas évidente, d'avoir repris l'équipe alors que Justine et Kim avaient mis un terme à leur première carrière, tandis que Yanina n'était pas encore ce qu'elle est devenue, tout le monde n'aurait pas voulu le faire. Même lorsque nos deux super-championnes sont revenues, elle n'a jamais eu l'occasion d'aligner la meilleure équipe, sans quoi elle aurait pu mener la Belgique à un deuxième titre de championne du monde."



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