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On attendait Steve, on a eu Oli... 01/02/2012

Au moment d'aborder 2012, après un stage performant à La Manga, on aurait tous parié sur Steve Darcis dans la course au Top 50 plutôt que sur Olivier Rochus. D'abord parce que Steve jouait bien et avait peu de points à défendre en début d'année, ensuite parce qu'Oli nous semblait un peu court, et malade par dessus le marché. On ne sait ce que la saison nous réserve, mais le tennis peut être surprenant ou du moins inattendu, et il est vrai que tous ceux qui ont enterré le cadet des Rochus un jour ou un autre s'en sont toujours mordu les doigts par la suite.
Sur un circuit où son potentiel physique le fait de plus en plus ressembler à un "vestige archéologique", Olivier, qui doit dépenser tellement d'énergie pour compenser, a donc réussi une nouvelle fois à trouver la bonne carburation, à saisir les occasions, à revenir de nulle part.

A Auckland, il a disputé sa dixième finale en autant d'années. "Est-ce vrai? Je n'en savais rien", souriait-il. Et Filip Dewulf, qui l'a encore affronté à ses débuts, d'écrire dans Het Laatste Nieuws, sous le titre "Le plus "grand" des Belges", ce que tout le monde pense, mais que personne ne pourra jamais prouver: "Avec quinze centimètres en plus et le talent qu'il a, il aurait peut-être fait une carrière à la Federer qu'il battait chez les jeunes."

"Toujours est-il que, moi, je n'aurais pas misé un penny sur Oli, et vous pouvez me citer", lance Thierry Van Cleemput, le directeur technique de l'AFT qui suit Darcis et Rochus. "Il avait raté son entrée à Chennaï, sa balle n'avançait pas, et il était effectivement arrivé malade en Nouvelle Zélande, sinusite, maux de tête, il a dû prendre plein de médicaments, il ne se faisait lui-même guère d'illusions, et puis de fil en aiguille, il a retrouvé le plaisir, il a de nouveau su se remettre en question, chapeau, faut le faire, il m'a épaté!

Je m'inscris en faux contre ceux qui ont parlé de tableau favorable, il a battu Kamke, Belluci, Paire, Kohlschreiber, Phau, ne s'inclinant que face à Ferrer et Berdych, 5e et 7e mondiaux, si ce n'est pas un exploit pour un gars comme lui! A Melbourne, Berdych était d'ailleurs hors d'atteinte, totalement impressionnant pendant deux sets. Oli m'a dit: "Je n'y pouvais rien, je me sentais ridicule". Au troisième, le Tchèque a baissé de niveau, il a suffi de ça pour qu'Olivier le force au tie break, preuve qu'il n'a pas lâché et qu'il était encore bien
."

Cette thyroïde si difficile à gérer...

Steve Darcis, lui, aura marqué les esprits de manière très inhabituelle. On ne connaît pas d'exemple de joueurs contraints à l'abandon pour crampes généralisées alors qu'ils mènent 2 sets à 0 et 4-1 dans le troisième. On peut comprendre qu'il soit rentré en Belgique le moral dans les chaussettes, avec un feeling très négatif, et se soit soumis à une batterie de tests. En prime, il a de nouveau souffert de l'épaule, celle qui lui fit déjà des misères en Australie en Coupe Davis, et en finale de l'Ethias. "Il restera un garçon fragile, il devra faire sa carrière ainsi", glisse Thierry Van Cleemput, "mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras. Il s'agit d'un contretemps, d'une opportunité manquée parce qu'il était en forme et pouvait faire un bond au classement, se mettre à l'abri, mais la terre ne s'arrête pas de tourner, ça lui est déjà arrivé."

Steve s'est remis au boulot après une semaine de repos qui n'a pas permis de lever tous les points d'interrogation, il faut s'en faire une raison. "Ce qui est arrivé est incompréhensible sauf si l'on prend en compte un phénomène de déshydratation ou d'insolation, d'ailleurs il a vomi en rentrant au vestiaire", dit le préparateur physique de l'AFT Patrick Meur, "or il avait déjà joué trois heures en début d'année sans souci. Certes, ses ennuis à l'épaule l'avaient privé de tennis pendant dix jours, mais je ne fie pas trop à cette explication-là, je penche plutôt pour le problème biologique, après un peu plus de deux heures de jeu il avait des crampes partout, estomac compris, littéralement tétanisé.

Il y en a que cela a fait sourire ou jaser, mais pas nous. C'est difficile à gérer, pour le staff comme pour lui. Il n'a rien à se reprocher sur sa préparation, il a travaillé nickel, il se sentait bien. Son épaule? Le lendemain du match il ne sent rien, deux jours après il a mal. Beaucoup de choses, chez lui, dépendent du fonctionnement de sa thyroïde, responsable indirectement d'une grande partie de ses malheurs, or c'est très difficile à réguler, à force de chercher des traitements le corps médical y perd son latin
."

"Je crois au concours de circonstances", lance Thierry Van Cleemput, "Melbourne est effectivement passé d'un coup de 19 à 33 degrés, il faut s'acclimater à la chaleur, il n'est pas le seul à en avoir souffert, Steve n'avait pas beaucoup joué à cause de son épaule, il était à 70%, il ne pensait pas pouvoir battre Florent Serra, et puis il a vu que c'était possible, même comme ça, il a couru partout, crispé, jusqu'à tomber raide. Mais je vous l'ai dit, la vie continue." Et pour Steve, elle est américaine, Dallas, San Jose, Memphis, Delray Beach, Indian Wells, Miami. De quoi se refaire une santé, au propre comme au figuré, on l'espère, on le croit, il a prouvé qu'il en avait les moyens.

"Je m'en voudrais de ne pas signaler la demi-finale de Germain Gigounon à Sheffield et le quart de finale d'Arthur De Greef à Glasgow, dans d'exigeants tournois 15 000 dollars. L'un dans l'autre, le Team pro de l'AFT n'a pas à rougir de son début d'année", conclut Thierry.
 

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