2012 a bien commencé pour David Goffin, à Chennaï dans des conditions qui semblent lui réussir depuis l'an dernier, et s'est moins bien poursuivi en Australie où, pour la première fois, il était attendu par les journalistes belges, arrivés en nombre "down under", pour suivre l'Australian Open de Kim Clijsters, il faut dire les choses comme elles sont.
Commençons par les bons points. En Inde, par une grosse chaleur humide mais avec des matches en fin de journée donc pas au grand soleil, le jeune Liégeois (21 ans) a déjà réussi à éliminer Xavier Malisse, ce qui n'est pas peu de choses au vu, outre le classement, de l'ascendant psychologique naturel dont bénéficiait le Courtraisien que David admirait déjà en sortant de l'enfance. Même si XMan se plaignait de l'estomac, et estimait que le résultat aurait été autre s'il n'avait pas été malade, la confrontation a laissé des traces, et Malisse, qui réussit généralement bien ses débuts de saison, n'a plus rien fait de bon ensuite en Australie. Difficile à avaler?
Ensuite, Goffin a confirmé face à Andreas Beck, un autre Top 100, pour s'offrir un premier quart de finale dans un tournoi de ce niveau, face à Tipsarevic, un joueur du Top 10, auquel il a pris un set. Coup droit décalé, revers long de ligne... on pouvait difficilement attendre mieux du 168e mondial, d'autant qu'à chaque fois il avait perdu la première manche, preuve que le mental y était.
"J'étais parfaitement préparé, je me sentais vraiment bien", confirme-t-il. "Xavier? Je ne sais pas comment il l'a pris, on ne s'est pas parlé depuis. Il avait l'air de souffrir physiquement, de la chaleur aussi, j'ai joué une bonne partie, il a visiblement eu des hauts et des bas, mais au troisième set il me semblait à fond, il a d'ailleurs eu une balle de break."
"En Inde, c'était tout bon", résume son coach Réginald Willems, "et pouvoir se mesurer à Tipsarevic était intéressant, David a pu constater que son niveau était là, et en même temps ce qu'il lui manque face à un tel joueur qui ne donne pas un point, qui agresse sur chaque relâchement, il n'a pas craqué physiquement après 2-2 au troisième set, plutôt nerveusement, il s'est trop tendu en sentant que sa marge de manoeuvre se rétrécissait. Mais il a aussi laissé voir à Chennaï tout ce qu'il est capable de faire avec la balle."
"Tu joues Top 10 maintenant!"
Du coup, on l'attendait lors des qualifications de l'Open d'Australie. Accéder pour la première fois au tableau final d'un Grand Chelem aurait constitué la cerise sur le gâteau. Malheureusement, il buta à Melbourne au deuxième tour des qualifs sur un Français de sa génération, Guillaume Rufin. Déception. "Je n'en fais pas un drame", continue-t-il, "les conditions étaient très différentes, j'ai certainement joué un moins bon match, et lui a très bien manoeuvré, il a déjà été 130e mondial et passé des tours en Grand Chelem, je n'ai jamais vraiment réussi à passer au dessus, c'est ainsi."
"Un adversaire difficile dont le tennis le gêne et qui a joué comme il le fallait", commente Réginald Willems, "il faut prendre cette expérience-là, également, comme un enrichissement. Avec des leçons à méditer. Pour la première fois, il était vraiment attendu. Il n'y avait qu'à entendre ou lire les journalistes belges. On lui a dit: "Donc tu joues Top 10 maintenant!", ou "Tu es sûr de te qualifier ici"... On lui a même fait ses comptes: "Tu seras tableau final à Roland Garros"... D'accord, il n'a pas beaucoup de points à défendre d'ici là, puisqu'il a été longtemps blessé en 2011, reste que l'on ne gagne pas 250 points ATP comme ça, et surtout il ne faut pas se mettre à calculer de la sorte, c'est la meilleure manière de ne pas y arriver. Bref, c'était quelque chose de nouveau pour lui, un peu de pression, à gérer en se reconcentrant sur les éléments primordiaux, le jeu, l'engagement, le physique, le mental.
Autre enseignement: à Chennaï, il avait des sensations extraordinaires, il aimait bien la chaleur du soir, il a quitté le tournoi avec un gros capital confiance, et il est arrivé dans une Australie méconnaissable, 19 degrés, tempête, pluie, difficile de construire son tennis, de profiter de la lancée de Chennaï, ça l'a frustré. Cela fait partie de l'apprentissage. Il a également ressenti une crampe dans la région abdominale, il a automatiquement repensé à sa blessure de l'an dernier, même douleur, mais fausse alerte, il a joué deux ou trois jeux avec un frein à main psychologique, et il s'est fait breaker.
A mes yeux, Melbourne est un accident. Qui doit l'aider à s'améliorer. La moyenne d'âge à l'Australian Open était de 27/28 ans. Tipsarevic éclate seulement, il a 27 ans. En 2006 et en 2009, il en était toujours à gagner l'Ethias Trophy. Et Benneteau, qui a éliminé David en demi-finale à l'Ethias 2011, a fait finale à Sydney et troisième tour à Melbourne à 30 ans. Je sais aussi que David Goffin n'est pas le seul jeune qui ait du talent, et que Tomic, Dimitrov, Harrison, Stebe sont déjà plus avancés que lui, avec d'autres moyens, mais chacun à son rythme, avec ses qualités, il faut seulement continuer à travailler avec tout le sérieux voulu, en laissant le temps au temps."
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